Pourquoi le Vaucluse décroche-t-il 10/10 dans ce classement britannique ?

Pourquoi le Vaucluse décroche-t-il 10/10 dans ce classement britannique ?

10/10 pour le Vaucluse, 9/10 pour la Drôme, 8/10 pour l’Ardèche: ce trio-là saute aux yeux quand un journaliste britannique passe au crible les 95 départements métropolitains. Le plus marquant, chez nous, dépasse la note seule. C’est la manière de raconter le territoire, entre douceur de carte postale et mémoire bien plus rude.

Le classement a été établi par Anthony Peregrine, spécialiste du voyage, qui sillonne la France depuis près de quarante ans. Pour ce travail, il a attribué une note entre 1 et 10 à chaque département métropolitain, avec 20 coups de cœur à part. Et le département vauclusien y décroche à la fois la note maximale et une place dans cette sélection resserrée.

Pourquoi le 10/10 frappe plus que le reste

Une note parfaite attire toujours l’œil. Mais ici, elle repose sur autre chose qu’une formule vague ou un décor passé au rouleau. Le regard posé sur ce coin de Provence va chercher un relief plus sombre, presque à contre-courant de l’image facile.

Dans son texte, le journaliste écrit: « Des histoires sordides se dissimulent dans les douces collines du Luberon. » Le ressort de sa lecture est clair: il ne s’arrête pas aux villages photogéniques. Il choisit un territoire qui plaît, puis il rappelle qu’il porte aussi des cicatrices.

C’est d’ailleurs ce qui rend le 10/10 plus intéressant qu’un simple compliment touristique. Une note haute, beaucoup peuvent la distribuer. Là, elle est défendue par une tension précise: un paysage aimé, mais traversé par une histoire lourde.

Le château de Mérindol et 1545: le choix d’un angle rugueux

Le commentaire cite les ruines du château de Mérindol et le massacre des Vaudois en 1545. Ce n’est pas un détail posé pour faire savant. C’est un choix éditorial net: raconter un lieu à partir de ce qu’il cache encore, plutôt que de ce qu’il montre.

Le passage le plus dur tient en une phrase. À propos des Vaudois, il écrit: « Elles tuèrent deux milliers d’entre eux et rasèrent leurs villages. » Après l’évocation des collines, la note de 10 prend un autre poids.

Nous trouvons ce parti pris plus solide qu’un empilement d’adresses ou de panoramas. Il peut surprendre, car un classement touristique sert souvent du léger. Là, la meilleure note va à un département raconté par sa beauté, oui, mais aussi par ce qu’elle recouvre.

Pourquoi ce regard a autant circulé

Le résultat a été traduit puis publié par Courrier international, et l’ensemble a été très commenté sur les réseaux sociaux. C’est facile à comprendre: noter tout le pays de 1 à 10, c’est déjà provoquer des comparaisons. Mais quand le premier rang s’appuie sur un récit historique aussi abrupt, la discussion part encore plus vite.

D’un côté, il y a la promesse du voyage. De l’autre, une lecture qui refuse d’adoucir le décor. Ce mélange-là déclenche des réactions, car il touche à la manière dont on veut voir un territoire: comme une image lisse, ou comme un lieu traversé par des couches bien moins confortables.

La Drôme à 9/10: une frontière qui plaît parce qu’elle reste floue

Derrière la note maximale, la Drôme arrive avec 9/10. Là encore, le commentaire ne cherche pas le slogan large. Il choisit une formule de frontière: « la Provence, mais pas tout à fait, les Alpes, mais pas tout à fait ».

Cette phrase installe un entre-deux. Le département n’est pas vendu comme une case simple. Il tient justement par ce mélange qui refuse de se laisser ranger trop vite.

Le texte ajoute des marqueurs très concrets: « Montélimar est la capitale du nougat », puis la lavande, le vin, la montagne, Valence et quatre restaurants, Épithèque, La Cachette, la Maison Pic et L’Épicerie. L’un d’eux est même présenté avec trois étoiles. Là, le regard change: moins de mémoire tragique, plus d’équilibre entre paysage, table et identité locale.

Cette différence compte. Le département voisin séduit par une épaisseur historique rude. Ici, la force vient d’une ligne plus gourmande, plus composite, presque plus mobile.

La promesse de voyage n’est pas la même, et c’est ce qui évite le classement en série.

L’Ardèche à 8/10: l’ancien et le plein air dans la même phrase

Avec 8/10, l’Ardèche reste très haut. Le commentaire part d’une phrase large, mais ancrée: « L’humanité parcourt les gorges d’Ardèche depuis au moins trente-six mille ans. » Là encore, la note s’appuie sur une profondeur de temps, pas sur une image volante.

Puis le texte ramène tout au présent des usages: du camping, de l’escalade ou du canoë. On passe d’un temps très ancien à des pratiques très concrètes. C’est simple, mais efficace.

Le commentaire cite aussi Grotte Chauvet 2 à Vallon-Pont-d’Arc. Ce va-et-vient entre préhistoire, sport et site identifié donne une lecture très lisible. On comprend pourquoi la note reste haute: le territoire est raconté comme un lieu où le temps long et les vacances actives se tiennent sans se gêner.

Que disent les notes les plus basses du reste du classement ?

En bas du tableau apparaissent la Seine-Saint-Denis à 4/10, les Hauts-de-Seine à 5/10 et l’Essonne à 5/10. La place prise par le Sud-Est dans cette lecture apparaît alors mieux: les trois départements cités plus haut sont bien notés et se détachent franchement.

Ce contraste explique aussi les réactions. Un classement pareil juge aussi autre chose que des paysages. Il raconte une hiérarchie du désir, avec ses partis pris, ses angles morts et ses choix assumés.

Ce que ce classement raconte de notre coin de France

Le plus fort n’est pas de voir un département local arriver à 10/10. C’est de voir pourquoi il y arrive. Pas grâce à un récit lissé, mais grâce à une lecture qui mêle collines, ruines et violence ancienne.

La meilleure leçon du tableau est sans doute là. Un bon territoire touristique ne se limite pas à être joli sur une brochure. Il résiste, il accroche, il dérange parfois, et il laisse autre chose qu’une belle photo quand on referme la page.