Ce dimanche 14 juin, le parc de l’Arbousière à Châteauneuf-de-Gadagne rouvre ses allées pour la deuxième journée de « Terroirs en fête ». Neuvième édition déjà, et une formule qui semble tenir le coup : 140 à 150 producteurs, éleveurs et artisans de bouche tiennent stand entre les arbres, loin des tentes plastique des foires à tout.
Un vrai repaire, loin des terrasses pour touristes. Le Département de Vaucluse pilote l’événement, avec la Chambre d’agriculture et la Chambre des métiers en soutien. La preuve que le terroir reste une affaire sérieuse ici, pas un simple étiquetage marketing.
Mercotte au comptoir : la marraine qui change la donne
Cette année, la neuvième édition a fait appel à Mercotte pour marraine. Celle qu’on connaît pour ses jugements sans détour dans « Le Meilleur Pâtissier ». Pas une figure de proue locale, certes, mais une caution technique qui pèse dans le monde de la bouche.
Vous l’avez peut-être croisée samedi lors de la nocturne festive. Ou peut-être pas, le public était déjà nombreux dès la première journée, selon les comptes rendus du terrain. Le Dauphiné Libéré notait une affluence significative le 13 juin, ce qui laisse présager du monde pour ce dimanche de clôture.
Le choix de Mercotte dit quelque chose de l’ambition : on ne se contente pas de vendre du fromage à la pelle. On cherche à valider la qualité par une instance reconnue. C’est là où ça coince dans beaucoup de marchés du terroir : le label « fait maison » suffit rarement à rassurer.
L’apport d’une personnalité télévisée, aussi critiquée soit-elle par les puristes, crée une passerelle vers un public qui ne connaît pas forcément la différence entre une AOC et une IGP.
140 stands, mais pas que de la dégustation passive
Le chiffre impressionne : 140 à 150 exposants. Ce n’est pas la foire agricole de village, c’est un salon de plein air. Et surtout, l’organisation a compris qu’il fallait faire participer le visiteur, pas seulement le nourrir.
Le concours de tarte aux fraises, parrainé par une radio locale, donne le ton. Puis vient l’épreuve française du World Food Championship : des burgers 100 % vauclusiens, le dimanche de 10 h à 13 h. Là, je l’avoue, le rapprochement m’a fait tiquer au départ.
Le burger comme emblème du terroir ? Mais le pari est astucieux : il s’agit de prouver que la viande locale, les légumes du Vaucluse et le pain artisanal peuvent tenir la comparaison avec les standards américains de la compétition. C’est un détournement marketing efficace : le burger attire les jeunes, le « 100 % vauclusien » les convertit à la proximité.
Le salon des vins et spiritueux complète le tableau, avec remise de trophées. L’espace élevage, lui, expose plus de 150 animaux. Trois piliers : manger, boire, voir.
La formule classique du marché de terroir, mais poussée à une échelle départementale.
Entrée libre : le pari de la démocratie gourmande
Point qui mérite qu’on s’y attarde : l’entrée est gratuite (0 €) pour Terroirs en fête à Châteauneuf-de-Gadagne selon la Ville de Châteauneuf-de-Gadagne. Dans un contexte où les salons gastronomiques facturent souvent 15 à 25 euros l’accès, c’est une décision politique autant qu’économique. Le Département de Vaucluse assume le coût, ou le répartit sur ses partenaires, pour que le marché reste accessible.
Vous voyez la différence ? Un salon payant sélectionne son public. Un marché gratuit risque la foule, les files d’attente, les stands pris d’assaut.
La nocturne festive du samedi 13 juin semblait avoir géré ce dilemme en créant un créneau décalé. Dimanche, la concentration sur la matinée du concours de burgers (10 h-13 h) suggère une volonté de répartir les pics d’affluence.
La question reste ouverte : le modèle gratuit tient-il sur le long terme ? La neuvième édition laisse penser que oui, du moins avec le soutien institutionnel actuel. Mais si les subventions départementales venaient à fléchir, le ticket d’entrée deviendrait inévitable.
Pour l’instant, le pari est gagné : le public répond présent sans incitation financière.
Châteauneuf-de-Gadagne : pourquoi ce village et pas un autre ?
Le parc de l’Arbousière, à Châteauneuf-de-Gadagne (84470), n’est pas une destination évidente. Pas de monument classé, pas de rivière touristique. Juste un espace vert assez vaste pour accueillir 150 stands, 150 animaux et des milliers de visiteurs sans étouffer.
C’est précisément là que réside l’intelligence du choix. À quinze minutes d’Avignon, le site dessert le Grand Avignon sans subir les contraintes du centre-ville. Se garer, circuler, repartir : les tracas du dimanche en ville sont évités.
Le village, qui n’est ni L’Isle-sur-la-Sorgue ni Gordes, gagne une visibilité annuelle qu’aucune autre vitrine ne lui offrirait.
Le truc du local, c’est de savoir que Châteauneuf-de-Gadagne possède ce parc depuis longtemps, mais qu’il lui manquait un événement identitaire. « Terroirs en fête » a comblé ce vide. Le village devient, une fois par an, la capitale du goût vauclusien.
Pas mal pour une commune qui reste en dehors des circuits du Luberon.
Le verdict du comptoir
On y retournera si le temps le permet, ce qui, en juin dans le Vaucluse, relève du pari raisonnable. La formule tient : du concret, du direct, du prix vrai (zéro euro l’entrée, c’est le prix vrai qui compte). Le burger 100 % vauclusien au World Food Championship, c’est le clin d’œil qui fait la différence avec les marchés du terroir qui se prennent au sérieux jusqu’à l’ennui.
Le bémol : avec 140 stands et du monde déjà annoncé, prévoyez de arriver tôt pour le concours de burgers dimanche matin. Après 13 h, les restes seront des restes. Et si vous cherchez une bouteille à rapporter, le salon des vins avec trophées est plus fiable que le stand anonyme qui promet « du local » sans étiquette claire.
Terroirs en fête, neuvième édition, ce dimanche 14 juin 2026 au parc de l’Arbousière, Châteauneuf-de-Gadagne. Entrée libre, concours de burgers de 10 h à 13 h. Le samedi 13 juin a déjà fait le plein ; le dimanche risque de suivre.
