Avignon insolite : lieux secrets et méconnus à découvrir

La rue des Teinturiers et ses roues à aubes à Avignon

Une fois passé le Palais des Papes et le pont Saint-Bénézet, Avignon devient une autre ville : un dédale de ruelles où l’eau a fait tourner des moulins, où les remparts ont été engloutis par les façades, où chaque place porte le souvenir d’un métier disparu. Voici les lieux secrets et méconnus d’Avignon, ceux qui racontent la cité autrement, et qui se découvrent presque tous librement, à pied.

La rue des Teinturiers, la ville au fil de l’eau

C’est l’endroit le plus atmosphérique de l’intra-muros. La rue des Teinturiers longe un bras de la Sorgue qui faisait tourner jusqu’à 23 roues à aubes entre le XVe et le XIXe siècle, pour alimenter moulins, tanneries et ateliers d’étoffes imprimées.

Il en reste aujourd’hui quatre roues visibles le long de la rue, en accès libre toute l’année. Le nom vient des teinturiers qui lavaient ici leurs tissus dans l’eau claire de la rivière ; longtemps, les Avignonnais ont d’ailleurs simplement appelé l’endroit « la Sorgue ». La rue est classée depuis 1932. Venez tôt le matin, quand les terrasses dorment encore.

La rue de la Banasterie et son surnom napoléonien

L’une des plus longues rues de la vieille ville suit en partie le tracé des tout premiers remparts médiévaux du XIIe siècle. Son nom vient du provençal banasta, le panier d’osier : les vanniers y travaillaient le saule des berges du Rhône pour fabriquer de grands paniers destinés au port.

Anecdote savoureuse : au début du XIXe siècle, une partie modeste de la rue, peuplée d’artisans, était si bonapartiste qu’on la surnommait « l’île d’Elbe », en référence au premier exil de Napoléon. Aujourd’hui, derrière de hauts murs discrets se cachent de beaux hôtels particuliers des XVIIe et XVIIIe siècles.

Le quartier juif et sa synagogue circulaire

L’ancien quartier juif médiéval, la « carrière », se trouvait d’abord face au Palais des Papes avant d’être déplacé par décision épiscopale en 1221 vers son emplacement actuel, autour de la place Jérusalem et de la rue Jacob. La communauté vivait dans un espace clos, fermé par des portes.

La vieille synagogue, détruite par un incendie en 1845, fut remplacée par un édifice de plan circulaire de style comtadin, l’un des plus remarquables de ce type en Europe. La place et les rues alentour sont en accès libre ; la synagogue se visite en semaine, de 10h à 12h, hors fêtes religieuses.

Le quartier de la Balance, une mémoire effacée

Tout près du Palais, le quartier de la Balance fut longtemps l’un des secteurs les plus populaires et les plus denses d’Avignon. Réputé pour ses maisons closes au XIXe siècle, puis habité après-guerre par les Gitans de la ville, il a été en grande partie démoli en 1970 au nom de la salubrité.

Ce choc urbain a paradoxalement déclenché une prise de conscience patrimoniale, qui a sauvé d’autres lieux comme le musée du Petit Palais ou la Livrée Ceccano. En marchant ici, on lit la cicatrice : immeubles modernes plantés au cœur de la cité médiévale.

La Livrée Ceccano, un palais de cardinal devenu bibliothèque

Voici l’un des secrets les mieux gardés. La Livrée Ceccano est un palais fortifié construit au XIVe siècle par les cardinaux de la cour pontificale. Commencée vers 1327, elle prend le nom du cardinal Annibal de Ceccano, qui l’orne de fresques et de plafonds peints entre 1332 et 1350.

Collège de jésuites, puis caserne sous la Révolution, le bâtiment est transformé en bibliothèque municipale au début des années 1980. L’entrée est libre : au-delà des livres, la cour intérieure et la façade fortifiée donnent la mesure d’un palais cardinalice, à deux pas de la rue de la République.

Les remparts enfouis de la rue Joseph-Vernet

Avignon est célèbre pour ses remparts du XIVe siècle, mais peu de visiteurs savent qu’une enceinte bien plus ancienne existait. La rue Joseph-Vernet, ancienne calade pavée de galets du Rhône, suit le tracé de ces premiers remparts aujourd’hui presque entièrement disparus.

Il n’en subsiste que quelques pierres, visibles au croisement avec la rue Saint-Charles : rares témoins de l’ancienne défense urbaine, prises dans les murs modernes. Un petit jeu de piste archéologique pour qui aime lire la ville sous la ville.

La place de l’Horloge et son jacquemart

Cœur battant de la ville, la place de l’Horloge doit son nom non pas à l’hôtel de ville, mais à une horloge publique installée dès le XVIe siècle sur une tour surmontée d’un jacquemart, cet automate qui frappe les heures.

Les figures actuelles, Jacques et Jacotte, ont remplacé les originaux en 1848 ; ces derniers sont conservés au palais du Roure. Anecdote plus sombre : au début du XVIIIe siècle, la tour servait aussi de scène aux châtiments publics, carcan et fouet à l’appui.

Infos pratiques : suivre le fil de l’Avignon caché

Tous ces lieux se découvrent gratuitement et à pied, dans un rayon de quelques centaines de mètres autour de la place de l’Horloge. Seule la visite intérieure de la synagogue suit des horaires précis. Comptez deux à trois heures pour enchaîner l’ensemble. La lumière de fin de journée, sur la rue des Teinturiers en particulier, vaut le détour.

Ce qu’il faut retenir

  • Rue des Teinturiers : 4 roues à aubes survivantes sur les 23 d’autrefois.
  • Rue de la Banasterie : le quartier des vanniers surnommé « l’île d’Elbe ».
  • Quartier juif : une synagogue circulaire reconstruite après l’incendie de 1845.
  • Livrée Ceccano : un palais de cardinal du XIVe siècle, aujourd’hui bibliothèque, en accès libre.
  • Tout se fait à pied et gratuitement, en deux à trois heures.

Cette balade insolite complète idéalement la visite des grands sites : prenez de la hauteur au Rocher des Doms, ou plongez dans l’histoire pontificale au Palais des Papes. Retrouvez tous nos itinéraires dans le dossier patrimoine d’Avignon et nos idées de sorties à Avignon.