Cactus au Off d’Avignon : la belle-mère sort du rôle de méchante

Cactus au Off d’Avignon

Du 3 au 25 juillet, une comédie de mœurs s’installe à La Factory. Elle prend un terrain rarement traité sans grimace : la belle-mère. Avec « Cactus », la figure de la méchante désignée d’avance bouge enfin de place, et c’est là que le spectacle attire l’œil.

La pièce prend le beau-parent dans les familles recomposées par un angle de théâtre. Le sujet est débattu à l’Assemblée nationale, alors même qu’il n’existe pas de statut juridique du beau-parent en France.

Une belle-mère au centre, pas sur le banc des accusés

Le premier intérêt du spectacle est là : il prend un personnage usé par les clichés et lui rend de l’épaisseur. On est face à autre chose qu’une mécanique de boulevard autour d’une marâtre de service. L’histoire est annoncée comme une comédie de mœurs, donc comme un regard sur des usages, des rapports et des places dans la famille.

Ce choix compte d’autant plus que le beau-parent reste un angle sensible dans la vie réelle. Quand le droit ne donne pas de cadre net, le théâtre peut montrer ce que cette place produit dans l’intime. Il peut aussi montrer la gêne, les liens qui se fabriquent ou qui coincent.

Pourquoi le sujet dépasse largement la scène ?

Il s’agit d’un thème discuté jusqu’à l’Assemblée nationale. Un vide juridique sert de toile de fond sur le statut du beau-parent en France.

Le spectacle touche à une zone floue que beaucoup connaissent sans toujours savoir la nommer. Et le théâtre a souvent plus de précision qu’un grand discours quand il faut montrer cette place instable.

Le détour par « Cendrillon » peut rendre la pièce bien plus mordante

Autre piste forte : « Cactus » est annoncé comme une mise en abyme de « Cendrillon » de Charles Perrault. Ce conte a fixé pour longtemps une image brutale de la belle-mère.

Utiliser cette référence permet de frotter le mythe au présent. Et ce frottement peut être sec, drôle ou inconfortable. Mais il a une qualité rare : il force à revoir un rôle que beaucoup acceptent encore tout fait.

Nous aimons ce type de dispositif quand il sert vraiment le fond. Ici, le parallèle avec le conte ne semble pas décoratif. Il donne une grille de lecture très lisible pour revisiter la famille recomposée sans faire semblant de découvrir le problème.

Faut-il connaître le conte pour entrer dedans ?

Vous n’avez pas besoin d’un cours sur Perrault pour comprendre ce qui se joue. La figure de la belle-mère de « Cendrillon » appartient déjà à l’imaginaire collectif.

La pièce gagne ainsi en direct. Le spectacle part d’une image que tout le monde a en tête. Puis il la tord pour regarder ce qu’elle abîme encore dans les familles d’aujourd’hui.

Une autrice-metteuse en scène qui connaît Avignon, avec une distribution très exposée

Laetitia Gonzalbes porte le projet comme autrice et metteuse en scène, avec sa compagnie Kabuki. Elle est aussi présentée comme une artiste qui montre régulièrement ses spectacles à Avignon et sur les scènes parisiennes. On n’est pas devant un passage isolé.

Son parcours passe aussi par Dax, au lycée de Borda. Le détail n’a rien d’anecdotique : il rappelle qu’une trajectoire de scène ne naît pas seulement entre Paris et les grandes vitrines. Elle peut aussi venir d’un ancrage plus discret avant de revenir dans un rendez-vous comme le Off.

Sur le plateau, la distribution réunit Karina Testa, Iman Kerroua et Morgan Pérez. Un trio est annoncé, ce qui laisse attendre un jeu de rapports plus serré qu’une galerie de silhouettes.

Le nom de Karina Testa retient forcément l’attention. Présentée comme comédienne et autrice, elle est aussi annoncée comme co-autrice de « Le Procès d’une vie ». C’est une œuvre inspirée du procès de Bobigny et du combat de Gisèle Halimi pour le droit à l’avortement.

Cette même œuvre a remporté trois Molières en 2026 : Théâtre privé, Autrice francophone vivante pour Barbara Lamballais et Karina Testa, puis second rôle féminin pour Jeanne Arènes. Avec un tel contexte, sa présence sur scène se regarde forcément autrement.

À Avignon, le format peut séduire ceux qui veulent du fond sans renoncer au jeu

Le spectacle est annoncé pour environ 1h30. Cette durée laisse de la place pour développer un vrai conflit, installer des déplacements de point de vue et ne pas réduire la belle-mère à un gag d’entrée ou à un repoussoir commode.

Au Off, c’est un bon signal. On peut entrer dans une proposition qui promet du théâtre de situation et d’idées, sans basculer dans un cours sur la famille recomposée.

Le lieu, La Factory, inscrit aussi la pièce dans un cadre identifié du festival. Et le calendrier, du 3 au 25 juillet, place clairement cette proposition dans le rythme du mois avignonnais. La fenêtre est assez large pour trouver son public et laisser le bouche-à-oreille travailler.

Ce qui nous intéresse surtout ici, c’est le déplacement du regard. Faire d’une belle-mère autre chose qu’un rôle puni d’avance, puis relier cela au droit, au conte et à la comédie, est une idée plus solide. Beaucoup de spectacles se contentent d’un sujet “de société” collé sur une affiche.

Si vous cherchez au Off une pièce qui s’attaque à une place familiale mal définie, avec un détour par Perrault et une interprète associée à un travail couronné aux Molières, celle-ci mérite clairement un arrêt. Au milieu du bruit du festival, un spectacle choisit la belle-mère pour la sortir du carton de la méchante. C’est rare.

Et la curiosité peut commencer là.